Changer de complémentaire santé était autrefois un parcours administratif : lettre recommandée, date anniversaire, préavis de deux mois. Depuis l'entrée en vigueur de la résiliation dite infra-annuelle, la démarche est devenue simple. Le risque s'est déplacé : il n'est plus dans la procédure, il est dans le séquencement.
Ce que dit la règle aujourd'hui
Après douze mois de souscription, vous pouvez résilier votre complémentaire santé à tout moment, sans frais et sans motif. La résiliation prend effet un mois après la réception de votre demande par l'organisme.
Pendant la première année, en revanche, la résiliation reste soumise aux règles classiques : échéance annuelle avec préavis, ou motif légitime tel qu'un changement de situation professionnelle ou matrimoniale, ou encore l'adhésion obligatoire à un contrat collectif d'entreprise.
Qui fait la démarche
C'est le point le plus pratique de la réforme : le nouvel organisme peut effectuer la résiliation à votre place. Vous signez un mandat au moment de la souscription, et il se charge de notifier votre ancien assureur et de coordonner les dates d'effet.
C'est la voie à privilégier, parce qu'elle supprime le risque principal : le trou entre deux contrats.
La procédure, dans le bon ordre
- Étape 1. Demandez votre certificat de radiation à votre organisme actuel, ou du moins une attestation de couverture. Ce document servira à faire supprimer les délais d'attente du nouveau contrat.
- Étape 2. Souscrivez le nouveau contrat et faites confirmer par écrit la date d'effet ainsi que la suppression des délais d'attente, poste par poste.
- Étape 3. Donnez mandat de résiliation au nouvel organisme, ou envoyez vous-même la demande par lettre recommandée ou par tout support durable prévu au contrat.
- Étape 4. Vérifiez la continuité des dates : la prise d'effet du nouveau contrat doit être antérieure ou égale à la fin du précédent. Un jour d'écart suffit à créer une rupture.
- Étape 5. Contrôlez le dernier prélèvement et demandez le remboursement du prorata de cotisation éventuellement dû.
Les trois erreurs qui coûtent cher
Résilier avant d'être accepté ailleurs. En santé individuelle, il n'y a pas de sélection médicale, mais il y a des délais d'attente. Résilier d'abord, c'est prendre le risque de les subir.
Changer en cours de traitement. Un plan de soins dentaires ou une orthodontie s'étale sur des mois. Un changement au milieu peut interrompre la prise en charge : notre article sur les délais de carence détaille ce point.
Oublier les ayants droit. Vérifiez que le nouveau contrat couvre bien le conjoint et les enfants aux mêmes dates, en particulier un enfant majeur étudiant, dont le rattachement obéit à des conditions précises.
Les cas particuliers
Contrat collectif d'entreprise : vous ne pouvez pas le résilier librement, puisqu'il est obligatoire. La sortie intervient avec le départ de l'entreprise, ou par un cas de dispense prévu par l'acte fondateur.
Sortie d'entreprise : le dispositif de portabilité maintient gratuitement vos garanties, pour une durée égale à celle de votre dernier contrat de travail, dans la limite de douze mois, à condition d'être indemnisé par l'assurance chômage. Ne souscrivez pas un contrat individuel pendant cette période sans avoir vérifié vos droits à portabilité.
Départ en retraite : la loi Évin permet de conserver le contrat collectif, à un tarif encadré par paliers pendant trois ans. Souvent intéressant au début, rarement au bout de quatre ans. Le sujet est traité dans notre guide sur la mutuelle après 60 ans.
Augmentation de cotisation : une hausse tarifaire ouvre parfois un droit de résiliation spécifique prévu au contrat, distinct de la résiliation infra-annuelle. Vérifiez vos conditions générales.
Faut-il changer, d'ailleurs ?
La question mérite d'être posée avant la procédure. Un changement se justifie lorsque les garanties ne correspondent plus à votre consommation, lorsque le tarif a dérivé sans contrepartie, ou lorsqu'un poste essentiel est mal couvert. Il ne se justifie pas parce qu'une offre affiche un prix d'appel plus bas la première année.
La méthode d'analyse, à partir de vos relevés de remboursement, figure dans le guide complet de la complémentaire santé.
Le calendrier type d'un changement réussi
- J-45. Analyse de vos relevés de remboursement et définition du besoin réel. C'est l'étape qui détermine tout le reste.
- J-30. Demande du certificat de radiation auprès de l'organisme actuel, et mise en concurrence de plusieurs contrats.
- J-20. Souscription du nouveau contrat, avec confirmation écrite de la date d'effet et de la suppression des délais d'attente.
- J-15. Mandat de résiliation donné au nouvel organisme, ou envoi de la demande.
- J. Prise d'effet du nouveau contrat, à une date qui doit coïncider avec la fin du précédent, sans un jour d'écart.
- J+30. Vérification de l'arrêt effectif des prélèvements et de la réception de la carte de tiers payant.
Le tiers payant, l'oubli qui se paie en pharmacie
Entre deux contrats, votre carte de tiers payant change. Prévoyez de conserver l'ancienne jusqu'à réception de la nouvelle, et signalez le changement à votre pharmacien, à votre médecin traitant et aux établissements où des soins sont programmés.
Sans cette précaution, vous avancerez les frais pendant quelques semaines, et devrez demander des remboursements manuels. Ce n'est pas grave, c'est simplement pénible et évitable.
Quand il vaut mieux ne pas changer
Trois situations justifient de rester, au moins temporairement.
Un traitement en cours, dentaire ou orthodontique notamment, tant que le plan de soins n'est pas terminé.
Une ancienneté qui vous dispense de délais sur un contrat globalement correct : le gain tarifaire d'un changement peut être annulé par le retour de délais d'attente.
Une grossesse en cours, les garanties maternité étant presque toujours assorties d'un délai long.
Foire aux questions
Faut-il une lettre recommandée ?
Pas obligatoirement. La demande peut être faite par tout support durable prévu au contrat, mais une trace écrite datée reste indispensable en cas de litige.
La résiliation est-elle payante ?
Non. Aucun frais ne peut être facturé au titre d'une résiliation infra-annuelle.
Que faire si l'ancien organisme continue de prélever ?
Envoyez une mise en demeure en rappelant la date d'effet de la résiliation, puis saisissez le médiateur de l'organisme si le prélèvement persiste. Les sommes indûment prélevées sont remboursables.
Peut-on résilier pendant un arrêt de travail ou une hospitalisation ?
Juridiquement oui, mais c'est déconseillé : les délais d'attente du nouveau contrat et la continuité de prise en charge des soins en cours doivent être vérifiés au préalable.
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