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Patrimoine5 minMis à jour le 2026-09-22T06:18:23.335733+00:00

Par Chloé Gouesbier, courtier en assurance, cabinet immatriculé à l'ORIAS sous le n° 26011065.

Fonds en euros ou unités de compte : comment répartir

La question n'est pas de choisir l'un ou l'autre, mais de doser. Et le dosage ne dépend pas de votre tempérament : il dépend de votre horizon et de votre capacité réelle à encaisser une baisse.

C'est la question qui revient à chaque rendez-vous : faut-il rester sur le fonds en euros, ou aller vers les unités de compte ? Elle est mal posée. Un contrat d'assurance vie n'a pas à choisir : il a à doser, et le dosage se calcule.

Ce que chaque compartiment fait, et ne fait pas

Le fonds en euros garantit le capital versé, net de frais de gestion. Les intérêts acquis le sont définitivement. En contrepartie, le rendement est modeste, et son évolution dépend largement des taux obligataires. Son risque n'est pas la perte : c'est l'érosion silencieuse par l'inflation sur longue période.

Les unités de compte n'offrent aucune garantie en capital. Leur valeur suit les marchés. Elles portent l'essentiel du potentiel de performance au-delà de huit à dix ans, et l'essentiel du risque en deçà.

Les deux sont utiles. Ce qui ne l'est pas, c'est de les choisir par tempérament plutôt que par calcul.

Le seul critère qui compte vraiment : l'horizon

Un principe simple, et vérifié par les données : plus l'horizon est long, plus la probabilité qu'un placement diversifié en actions termine en territoire positif augmente. Sur quelques mois, une baisse de 20 % est parfaitement possible. Sur vingt ans, une allocation diversifiée a historiquement produit un rendement nettement supérieur à celui d'un placement garanti.

La règle de travail que nous utilisons est la suivante.

  • Moins de 3 ans : fonds en euros exclusivement. Une épargne dont vous aurez besoin à court terme n'a rien à faire en unités de compte.
  • De 3 à 8 ans : une part mesurée en unités de compte, typiquement 20 à 40 %, selon votre capacité à décaler le projet en cas de mauvaise séquence de marché.
  • Plus de 8 ans : une part majoritaire en unités de compte se justifie, 50 à 70 % pour un profil équilibré, davantage pour un horizon de vingt ans.

Ces fourchettes sont des points de départ, pas des prescriptions. Elles doivent être ajustées à votre situation patrimoniale globale.

Le deuxième critère : la capacité réelle de perte

Attention à la différence entre la tolérance déclarée au risque et la capacité réelle à la supporter. La première se mesure par un questionnaire, la seconde par vos chiffres.

Trois questions tranchent la plupart des situations. Disposez-vous d'une épargne de précaution disponible ailleurs, couvrant six à douze mois de charges ? Pourriez-vous reporter votre projet de deux ans sans conséquence ? Sauriez-vous ne rien faire pendant une baisse de 25 % ?

Si la réponse est non à l'une de ces questions, la part d'unités de compte doit être revue à la baisse, quel que soit l'horizon théorique. La pire allocation n'est pas la plus prudente : c'est celle que l'on abandonne au pire moment.

Trois mécanismes qui règlent le problème du timing

Les versements programmés. Investir un montant fixe chaque mois fait acheter davantage de parts quand les marchés baissent, et moins quand ils montent. C'est simple, automatique, et cela supprime la question du moment d'entrée.

L'investissement progressif. Pour un capital déjà présent sur le contrat, l'assureur transfère automatiquement une fraction du fonds en euros vers les unités de compte, à intervalles réguliers, sur la durée que vous choisissez.

La sécurisation des plus-values. À l'inverse, l'option transfère automatiquement vers le fonds en euros lorsqu'un seuil de gain est atteint. Utile à l'approche d'un projet daté, moins pertinente sur un horizon long, où elle finit par brider la performance.

Ce qui compte autant que l'allocation : les frais

Un point souvent négligé dans ce débat. Sur un horizon de vingt ans, un écart de 0,5 % de frais annuels pèse davantage que bien des arbitrages d'allocation. Avant de discuter répartition, vérifiez les frais de gestion sur chaque compartiment, l'existence de frais d'arbitrage, et les frais internes des supports retenus.

Les fonds indiciels à frais réduits, lorsqu'ils sont disponibles dans le contrat, permettent de réduire sensiblement cette charge. Tous les contrats n'en proposent pas : c'est un critère de choix à part entière, détaillé dans notre guide complet de l'assurance vie.

Le point annuel

Une allocation dérive mécaniquement. Après une bonne année de marché, la part d'unités de compte augmente sans que vous ayez rien décidé, et votre contrat devient plus risqué que ce que vous aviez choisi.

Un rééquilibrage annuel, qui consiste à revenir à la répartition cible, suffit à maintenir le cap. C'est une opération de cinq minutes, souvent automatisable dans le contrat.

Une méthode en quatre étapes

  • Étape 1. Isolez votre épargne de précaution. Trois à six mois de charges, disponibles immédiatement, hors de toute exposition aux marchés. Cette part ne se discute pas.
  • Étape 2. Datez vos projets. Un apport immobilier à trois ans, des études à huit ans, une retraite à vingt ans : chaque poche a son horizon, donc son allocation.
  • Étape 3. Appliquez l'horizon à chaque poche, et non une allocation unique à l'ensemble du contrat. C'est l'erreur la plus fréquente : moyenner des besoins qui n'ont rien à voir.
  • Étape 4. Vérifiez votre capacité à tenir. Si une baisse de 25 % vous ferait vendre, l'allocation théorique ne vaut rien : ajustez-la à ce que vous supporterez réellement.

Ce que coûte une sortie au mauvais moment

Un exemple simple pour fixer les idées. Un capital de 60 000 € exposé aux marchés subit une baisse de 25 %, et tombe à 45 000 €. Pour revenir à 60 000 €, il faut désormais une hausse de 33 %, et non de 25 %.

C'est la mécanique qui rend la sortie en panique si coûteuse : elle transforme une baisse temporaire en perte définitive, et prive de la reprise. La meilleure protection contre ce risque n'est pas une allocation prudente, c'est une poche de liquidités suffisante ailleurs, qui évite d'avoir à vendre au pire moment.

La diversification à l'intérieur des unités de compte

Choisir des unités de compte ne suffit pas : encore faut-il ne pas tout concentrer. Trois axes de diversification comptent.

La zone géographique, pour ne pas dépendre d'une seule économie. La classe d'actifs, en combinant actions, obligations et immobilier selon l'horizon. Et le mode de gestion, les fonds indiciels à frais réduits offrant une exposition large à moindre coût, là où la gestion active se justifie sur des segments spécifiques.

Un portefeuille de cinq à huit supports bien choisis couvre l'essentiel des besoins. Au-delà, on ajoute de la complexité, rarement de la performance.

Foire aux questions

Le fonds en euros est-il vraiment sans risque ?

Le capital est garanti par l'assureur, net de frais de gestion. Le risque résiduel est celui de l'assureur lui-même, encadré par la réglementation prudentielle, et celui de l'érosion par l'inflation sur longue période.

Peut-on perdre de l'argent en unités de compte ?

Oui, sans limite théorique. C'est la contrepartie assumée du potentiel de performance, et la raison pour laquelle l'horizon doit être long.

Certains contrats imposent-ils une part d'unités de compte ?

Oui, de nombreux assureurs conditionnent l'accès à leur fonds en euros à un pourcentage minimal d'unités de compte sur les versements. C'est un point à vérifier avant de souscrire.

Faut-il tout sécuriser à l'approche de la retraite ?

Pas nécessairement. Une épargne destinée à être consommée progressivement sur vingt ans de retraite conserve un horizon long sur sa fraction la plus lointaine. La sécurisation doit être progressive, pas brutale.

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