Un dirigeant qui s'arrête subit deux pertes en même temps. Son revenu personnel s'effondre, et son entreprise perd sa capacité de produire alors que ses charges fixes continuent de courir. La plupart des contrats de prévoyance ne traitent que la première. La garantie frais généraux permanents existe pour la seconde, et elle reste l'une des moins souscrites.
Ce qu'elle couvre
Elle prend en charge, pendant votre arrêt, les charges fixes de l'entreprise, c'est-à-dire celles qui continuent indépendamment de votre activité.
- Le loyer des locaux professionnels et les charges associées.
- Les salaires et charges sociales du personnel.
- Les échéances d'emprunts professionnels et de crédits-bails.
- Les assurances, abonnements, énergie, télécommunications.
- Les honoraires récurrents, expert-comptable notamment.
- Les impôts et taxes professionnels.
En revanche, elle ne couvre pas les charges variables liées à l'activité, ni les achats de marchandises, ni votre rémunération personnelle, qui relève de la garantie indemnités journalières.
Comment elle se calcule
Le montant assuré correspond au total mensuel de vos charges fixes, que vous déclarez à la souscription et que vous devrez justifier en cas de sinistre, généralement sur la base du dernier bilan.
L'indemnisation est presque toujours indemnitaire : l'assureur verse les charges réellement supportées, dans la limite du montant souscrit. Souscrire au-delà de vos charges réelles ne sert donc à rien, et souscrire en deçà laisse une part à financer sur votre trésorerie.
Le point de vigilance : ce montant doit être révisé lorsque l'entreprise grandit. Une garantie calibrée sur les charges d'un cabinet de deux personnes ne couvre plus rien quand l'équipe en compte six.
Les paramètres qui font la différence
La franchise, généralement plus courte que sur la garantie de revenu, souvent de 3 à 30 jours. C'est cohérent : les charges de l'entreprise tombent dès le premier mois.
La durée d'indemnisation, le plus souvent limitée à 12, 18 ou 24 mois. Elle doit être compatible avec le temps nécessaire pour réorganiser l'activité, recruter un remplaçant ou céder le fonds.
La définition de l'incapacité, identique à celle de la garantie principale : exigez une appréciation au regard de votre profession, comme détaillé dans notre guide de la prévoyance des indépendants.
Pour qui c'est indispensable
La garantie devient structurante dès que l'entreprise supporte des charges fixes significatives et que l'activité dépend fortement du dirigeant.
- Professions libérales installées : cabinet, matériel, secrétariat. L'absence du praticien arrête les recettes, pas les charges.
- Artisans avec local et salariés : le loyer et la masse salariale continuent, la facturation s'arrête.
- Commerçants : loyer commercial, souvent élevé, et personnel.
- Sociétés de services avec engagements locatifs et crédits-bails.
Elle est moins utile pour une activité sans local ni salarié, où les charges fixes se limitent à quelques abonnements.
Le calcul qui convainc
Un praticien libéral avec un cabinet en centre-ville : 1 800 € de loyer, 2 400 € de salaire et charges pour une assistante, 600 € de crédit-bail sur le matériel, 400 € d'assurances et abonnements. Soit environ 5 200 € par mois de charges qui continuent.
Sur six mois d'arrêt, cela représente 31 200 € à financer sans recettes. La garantie frais généraux coûte une fraction de ce montant à l'année, et se déduit du bénéfice imposable dans le cadre Madelin pour un travailleur non salarié.
C'est le type de calcul qu'il faut poser une fois, noir sur blanc, pour que la décision devienne évidente.
Les erreurs classiques
- Croire que la garantie de revenu couvre l'entreprise. Ce sont deux garanties distinctes, avec deux assiettes distinctes.
- Déclarer un montant approximatif à la souscription, et découvrir au sinistre que l'indemnisation se fait sur justificatifs.
- Oublier de réviser le montant après un déménagement, une embauche ou un investissement financé à crédit.
- Retenir une franchise longue pour faire baisser la cotisation, alors que les charges tombent dès le premier mois.
Construire le montant à assurer, ligne par ligne
L'exercice se fait à partir de votre dernier bilan, en isolant ce qui continue de courir même à l'arrêt complet de l'activité.
- Loyer et charges locatives du local professionnel.
- Salaires bruts et charges patronales du personnel, hors votre propre rémunération.
- Échéances d'emprunts professionnels et loyers de crédit-bail.
- Assurances professionnelles, responsabilité civile, multirisque, flotte.
- Abonnements : logiciels, téléphonie, internet, maintenance, entretien.
- Honoraires récurrents : expert-comptable, conseil juridique.
- Impôts et taxes professionnels non assis sur le résultat.
Sont à exclure les achats de marchandises, la sous-traitance variable, les frais de déplacement et votre propre rémunération, qui relève d'une autre garantie.
Le cas des professions libérales avec associé
Dans une structure à plusieurs praticiens, la question se pose différemment : l'activité des associés peut absorber une partie des charges pendant votre absence. L'indemnisation étant indemnitaire, elle tiendra compte de cette réalité.
Deux réflexes s'imposent alors. Calibrer la garantie sur votre quote-part réelle de charges, et vérifier ce que prévoient les statuts ou le pacte d'associés en cas d'incapacité prolongée de l'un d'eux. Les deux documents doivent se répondre.
Articuler avec les autres garanties
Trois protections se complètent sans se recouper, et les confondre coûte cher.
- La garantie indemnités journalières remplace votre revenu personnel.
- La garantie frais généraux couvre les charges fixes de l'entreprise.
- L'assurance homme clé verse un capital à la société en cas de décès ou d'invalidité, pour financer la transition. Voir notre article sur l'assurance homme clé.
Un dirigeant correctement couvert dispose des trois, calibrées séparément.
Foire aux questions
Les cotisations sont-elles déductibles ?
Pour un travailleur non salarié, oui, dans le cadre Madelin, au même titre que les autres garanties de prévoyance. Les indemnités perçues sont en contrepartie imposables et réintégrées au résultat.
Le dirigeant assimilé salarié peut-il en bénéficier ?
Oui, la garantie peut être souscrite par l'entreprise elle-même, avec un traitement comptable et fiscal propre. Le montage se valide avec votre expert-comptable.
Et si l'entreprise continue de facturer pendant mon arrêt ?
L'indemnisation étant indemnitaire, elle couvre les charges supportées. Une activité maintenue par un associé ou un salarié peut réduire le besoin, et donc l'indemnisation.
Couvre-t-elle aussi le décès ?
Non. Le besoin de l'entreprise en cas de décès du dirigeant relève d'une garantie distincte, l'assurance homme clé, qui verse un capital à la société.
Chiffrer vos charges fixes
L'exercice prend vingt minutes à partir de votre dernier bilan. Voir notre approche de la protection sociale du dirigeant et de l'assurance homme clé. FIDÉSIA accompagne les dirigeants de Rouen, Amiens et Arras, ou en visioconférence. Prendre rendez-vous.